dimanche 28 novembre 2021
Agriculture

Agriculture (4)

C’est au marché de Boukoki qu’est déchargé l’important stock de canne à sucre qui rentre quotidiennement dans la capitale. Malgré l’absence des statistiques, 15 à 25 camions, de  dix à trente tonnes chacun, déversent par jour leurs cargaisons entières, soit entre 200 et 300 fagots de canne à sucre par camion.

Nonobstant ce tonnage, l’offre est loin de satisfaire la demande des Niaméens, gros consommateurs de canne à sucre. Comme en témoignent l’absence de stocks sous les hangars, la rapidité des transactions, l’essor considérable de la consommation, les chiffres d’affaires des grossistes et des fournisseurs, la foule d’attente des détaillants… 

Sous son apparente désorganisation et l’oisiveté, par moments, le marché de la canne à sucre de Boukoki est structuré selon des critères très précis. C’est là l’unique point de vente et de distribution en gros de ce produit à Niamey, même si une partie du stock ira satisfaire les besoins des populations de Tillabéri et du Zarmaganda.

Comme dans toute filière qui se respecte, les acteurs engagés dans le marché sont nombreux et leurs activités hiérarchisées : à la tête des réseaux d’approvisionnement se trouvent une foule de producteurs du nord du département de Gaya et le sud du département de Doutchi  région de Dosso. Ces derniers entretiennent des relations d’affaires avec les fournisseurs de la capitale, qui se rendent aux champs ou dans des centres de collecte pour acheter la canne à sucre et la convoyer jusque dans la capitale.

 C’est l’affaire du fournisseur que de remplir les camions que les grossistes de la capitale convoieront au marché de Boukoki. Si la canne à sucre est achetée sur pied, le paysan reçoit une avance et doit attendre l’écoulement de la production entière avant de rentrer dans ses droits. Ce qui peut durer des semaines. De plus, le producteur n’est pas certain de recevoir le solde de l’avance en raison de la fluctuation des cours dans la capitale. A ce niveau, il importe de signaler que ni les fournisseurs, encore moins les agriculteurs, ne possèdent de véhicules de transport propres. Les uns parce que cet investissement est tout simplement hors de la portée de leur bourse. Les autres parce que la canne à sucre ne rapporte que durant une période courte de l’année, alors que les camions ont besoin de tourner toute l’année pour assurer leur amortissement.

Cependant, il est fréquent que certains producteurs se regroupent pour acheminer directement, et de manière circonstancielle, leur production dans la capitale. Ainsi, des transporteurs assurent ainsi l’acheminement de la canne à sucre au marché de Boukoki, à charge pour les fournisseurs et les grossistes de fixer les prix des chargements. Et la canne à sucre restera sur les camions tant qu’un accord n’a pas été trouvé entre les deux parties. En cas d’accord, les détaillants, qui n’attendent que cela, montent à l’assaut des chargements pour se réserver les meilleurs fagots. Une fois débarqués, les fagots sont payés rubis sur l’ongle avant d’être transportés sous des hangars où ils sont alors débités en tiges d’une vingtaine de centimètres. Ils sont ensuite arrangés avec soin par les détaillants sur les brouettes, par les détaillants qui partiront alors à la conquête de la ville. Cette organisation hyper hiérarchisée fait qu’il ne reste quasiment jamais de stocks de canne à sucre sous les hangars, après le coup des 9 heures du matin.  

Le marché de la canne à sucre semble alors dominer par des grossistes, des fournisseurs et des détaillants originaires de la zone de production de Gaya – Doutchi, selon une forme intéressante de réseau fondé sur l’appartenance régionale ou la proximité lignagère. Il n’en demeure pas moins que même si la cooptation à l’intérieur du réseau se fait par l’intermédiaire de l’origine régionale, les relations d’affaires prédominent.

Est-ce en raison de l’éloignement ou de l’intensivité de la demande locale, la canne à sucre produite dans la région des 3 M (Zinder) n’inonde plus le marché de Boukoki ? « Non » rétorqua Abdou Ali, grossiste de la canne, « il s’agit d’une stratégie de régulation du marché de la canne à sucre, car, si toutefois le marché est saturé, nous risquons enregistrer une baise de prix de vente de ce produit ».

Cela signifie que « l’approvisionnement du marché de Boukoki en canne à sucre est progressif » a-t-il  affirmé.

Achetée au producteur à un prix plancher de 500 CFA le fagot, elle peut être vendue jusqu’à 10.000 CFA le fagot en cas de pénurie à Niamey. Le coût moyen oscille toutefois entre 5000 et 7000 CFA pour un fagot de 20 tiges. A partir de ces données, on peut estimer le bénéfice généré par un camion de 250 fagots à environ 300 000 CFA. La différence de prix entre le prix d’achat au producteur et les prix de vente s’explique par le grand nombre d’intermédiaires participant à ce circuit commercial. Les vendeurs de rue achètent les tiges de 400 à 700 CFA, les débitent en 8 ou 10 morceaux qu’ils revendent de 25 à 50 CFA, ce qui leur laisse un bénéfice de 125 à 200 CFA par tige.

Du producteur au consommateur, le prix de la canne à sucre est alors multiplié par vingt : vingt tiges pour 400 CFA au lieu d’exploitation, une tige pour 400 CFA en ville de Niamey. Mentionnons encore que les manutentionnaires gagnent quant à eux 50 CFA par fagot déchargé.

Alhadji Amadou Abdou

C’est bien connu : la canne à sucre donne du….sucre, mais aussi des déchets. Avec 15 à 25 camions de canne à sucre qui rentrent quotidiennement dans la capitale, Niamey croule littéralement sous les déchets (pas uniquement de canne à sucre). « Plus de 18 mètres cubes d’ordures sont générés quotidiennement par la canne à sucre rien qu’au niveau du seul marché de Boukoki I qui constitue l’épicentre de diffusion de cette denrée », pointe Moussa Garba, Directeur de l’hygiène et assainissement de la ville de Niamey.

Montagnes de déchets qui doivent empêcher à maints responsables municipaux de trouver le sommeil, si on les compare aux déchets générés par les 200 000 tonnes annuelles de canne à sucre produites et consommée directement par les Nigériens. Et ce ne sont pas les timides mesures prises par la municipalité pour sensibiliser les vendeurs et les consommateurs qui changeront quelque chose. Souvent déversées dans la nature. L’abondance et la forte charge polluante des vinasses posent des problèmes environnementaux dantesques.

La gestion de ces déchets s’avère d’autant plus compliquée que chaque catégorie de déchets nécessite son traitement propre et que le pays ne dispose pas de centres de retraitement spécialisés de déchets.

Que faire alors ?

Chaque tas d’ordures est une mine d’or pour ceux qui savent se donner la peine. En effet, les résidus de la canne à sucre, comme la mélasse et bagasse constituent des déchets organiques qui, sous d’autres cieux, font l’objet d’une valorisation énergétique. Par exemple, la mélasse, résidu liquide obtenu après extraction du sucre du jus de la canne, est fermentée et distillée pour produire des produits pharmaceutiques ou de l’éthanol, qui mélangé à l’essence donne un biocarburant. Quant à la bagasse, c’est-à-dire  le résidu fibreux de la canne à sucre une fois le jus extrait,  sa valorisation est multiple. Elle peut être brûlée pour fournir de l’électricité, recyclée en récipients alimentaires ou en matériaux de construction. C'est aussi une matière première de substitution à la pâte à papier issue de la fibre de bois. Il faut 100 tonnes de bagasse pour produire une tonne de papier contre 4 tonnes de bois (2 tonnes de bois sec) pour fabriquer une tonne de pâte à papier. De plus, biodégradable et recyclable à 100%, la canne à sucre est une matière première qui se renouvelle plus vite que la forêt. Pour la petite histoire, il convient de souligner qu’une tonne de canne à sucre donne 100 à 150 kg de sucre ou 100 litres d’éthanol carburant, 310 kg de bagasse (résidu fibreux de l’après broyage à l’usine) fournissant 130 kWh d’électricité.

Comme pour apporter de l’eau au moulin de la future industrie sucrière que l’Etat tente à nouveau de mettre en marche, la transformation de la bagasse et autres résidus issus de la canne à sucre pourrait augmenter la part de l’offre des énergies renouvelables dans la politique de mix énergétique mise sur pied. De surcroit, il s’agit-là d’une initiative en cohérence avec la politique nationale de valorisation des produits dérivés de l’agriculture qui présente un double enjeu : fournir davantage d’électricité au pays et mettre à la disposition des agriculteurs des engrais de bonne qualité, tout en contribuant à la protection de l’environnement. Décidément la canne à sucre est un véritable trésor vert qui n’a pas fini de révéler ses atouts.

Alhadji Amadou Abdou

La canne à sucre étant une plante cultivée, depuis des siècles, les principaux pays producteurs de canne à sucre étaient le Brésil, l'Inde , Cuba, la Chine, la Thaïlande , le Pakistan le Mexique, la Colombie ,l'Australie ,les États-Unis et les Philippines.

Selon Monsieur Yacouba Idé, directeur des filières à la direction générale de l’agriculture du Niger,  « après un travail de recherche à la station expérimentale sur site de Tillakaina dans la région de Tillabéri, l’INRAN a recommandé les variétés de canne à sucre à  cultiver au Niger dans deux catégories la variété industrielle et la variété de bouche ».

Cultivée depuis l’antiquité pour « ses tiges fantastiques qui produisait une sorte de miel sans l’aide d’aucune abeille », la canne à sucre, dans notre pays, n’a toujours pas eu l’attention qui est la sienne. Nonobstant l’importance de la production, aucune entreprise digne de ce nom n’est venue transformer et valoriser une production qui, faute de mieux, est  consommée directement comme canne de bouche.

Il n’en fut toujours ainsi. Au-delà de la consommation de ces fibres fraîches gorgées de suc, il existait, jadis, des mini industries traditionnelles de production du jus de la canne à sucre communément appelé « Madi » en langue haoussa, notamment au Nord Nigeria. Comme son nom l'indique, ce produit vient de la canne à sucre qui est introduite dans un moulin dont les engrenages sont tournés par des chevaux suivant une aire circulaire, à l’issue de laquelle  est extrait le jus de canne, appelé « Madi ». Ce jus à la saveur très sucré proche du miel une fois bouilli à haute température est ensuite transvasé dans des touques métallique de vingt (20) litres de contenance, scellés puis largement exportée dans les pays voisins du Nigeria, particulièrement au Niger où cet aliment riche en vitamines, parmi lesquelles le phosphore, le magnésium, le calcium, le fer, la vitamine PP, la vitamine B2, le cuivre et la vitamine B1, est utilisé dans diverses spécialités gastronomiques surtout pendant le mois de ramadan.

En plus de donner une saveur unique aux desserts et à d'autres denrées, cet aliment est bénéfique pour la santé. Toutes les propriétés du miel de canne à sucre proviennent du fait que cet aliment est obtenu après avoir éliminé toutes les impuretés du jus de la canne à sucre.

Autre dérivé de canne à sucre qui résiste encore à l’épreuve du temps : le « Mazzarkola » une sorte de caramel ou de tablette de chocolat, obtenue après une longue cuisson du jus extrait de la canne à sucre. « Mazzarkola » produite et  recueillie par les exploitants après une longue cuisson de jus de la canne à sucre dans des vases destinés à cette fin. Malgré l’introduction des confiseries modernes, cette douceur de couleur brune très  prisée des consommateurs, notamment des enfants, sur les marchés ruraux  du Niger et du Nigeria, reste encore très demandée.

Alhadji Amadou Abdou

 

En cette période de froid où l’organisme a besoin d’une sacrée dose d’énergie, elle est sur toutes les bouches. De l’âge tendre au troisième âge, tous la mâchouillent, avec une ferveur quasi religieuse, même les édentés.

« Si vous voulez confier quelque chose d’important à quelqu’un, ne le lui dites pas surtout lorsqu’il est entrain de sucer un morceau de canne à sucre », dit, en véritable connaisseur Amadou Ali, un des grossistes, de la canne à sucre au marché de Boukoki de Niamey qui inonde la capitale avec cette denrée très prisée des nigériens. « C’est le meilleur moyen de lui faire comprendre de travers ce que vous voulez lui dire… », poursuit-t-il.

“Raké ba karan banza ba, kowa ya sha guda, ya koshi’’ (la canne à sucre n’est pas une vulgaire tige; Sucez un bout et vous voilà rassasié) », disent les haoussas, comme pour magnifier les fortes valeurs nutritives et énergétiques de cette plante qui est riche en vitamines C, B1, B2 et B3.

C’est aussi une mine de vertus, très efficace pour lutter  contre les crises d’acétone, les rhumes, les maux de gorge et la grippe. Certains disent même qu’elle renforce les reins, le cœur ou l’estomac, prévient le cancer de la prostate et réveille les appétits de ceux qui ont la libido en berne.

La culture de cette grande graminée tropicale herbacée, cultivée surtout pour le sucre extrait de ses tiges, est en plein essor au Niger.

Cette plante géante pouvant atteindre jusqu’à 5 mètres de hauteur (pour 5 centimètres de diamètre), gorgée de saccharose et dont la vente en morceaux sur les routes et au hasard des rues populeuses des villes et villages du Niger constitue un apport énergétique complémentaire très important.

Depuis les indépendances, les projets de création d’une usine de production de sucre n’ont de cesse de marquer l’histoire du Niger. Ce pays toujours à la recherche de l’autosuffisance alimentaire et dont les importations de sucre (entre 75 000 et 100 000 tonnes de sucre par an, selon les chiffres de l’Organisation internationale du sucre) contribue à rendre la balance commerciale déficitaire. C’est ainsi que tous les régimes qui se sont succédé à la tête de ce pays en ont fait une fixation. Sans succès. La dernière tentative remonte à l’année 2012 où une entreprise chinoise a projeté l’ouverture d’une raffinerie de sucre au Niger.

Un projet qui aurait permis au pays d’ajouter de la valeur à sa production de canne brut, environ 200 000 tonnes par an, dont la quasi-totalité est consommée sur place. D’une capacité de 100 000 tonnes de sucre raffiné par an, cette usine était sensée valoriser les produits et les sous-produits de cette culture de rente, tout en créant des milliers et des milliers d’emplois.

C’est dire que ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Avec l’avènement des autorités de la 7ème  république, dans la perspective de trouver de solutions durables à la problématique de l’insécurité alimentaire sous l’impulsion de l’initiative 3N (i3N), l’un des axes majeurs du programme de renaissance, crédo et engagements forts du président de la république du Niger.

L’objectif visé est de contribuer à mettre  la population à l’abri de la faim et leur garantir les conditions d’une pleine participation à la production nationale et l’amélioration de leurs revenus.

Un feu qui a du mal à s’éteindre puisque sous la cendre, rougeoient les initiatives. C’est ainsi que le nouvel Plan de développement économique et social (PDES), pour la période 2017 – 2021,  présenté à la conférence de Paris  en Décembre 2017 dans le cadre de la politique de revalorisation des produits agricoles du Niger, réserve une place de choix au projet de création d’un complexe sucrier à Djoundjou, dans la zone de Gaya. D’un montant de 80 milliards de francs CFA, à mobiliser dans le cadre du partenariat public privé (PPPP), ce projet de raffinage de la canne à sucre vise à accroître la capacité de production de sucre afin de répondre aux besoins nationaux et internationaux, produire de l’énergie, des engrais, des aliments bétail à partir des résidus.

  Pour matérialiser cette initiative, le gouvernement nigérien a signé avec la société chinoise BEIJING URBAN CONSTRUCTION GROUP CO, LTD (BUCG)  un accord pour la construction d’un complexe industriel de l’usine de sucre à Gaya. Aux termes de cet accord, paraphé le 27 juin 2019  par le  ministre nigérien chargé de l’industrie M. Malam Zaneidou Amirou et les responsables de la compagnie chinoise, en marge de  la 1ère édition de l’exposition économique et commerciale Chine-Afrique à Changsha, en Chine, c’est une usine d’une capacité de production  de 50.000 tonnes de sucre par an qui sera construite.

En attendant l’implantation de cette unité sucrière, les producteurs nigériens ont pris faits et causes pour cette spéculation qui, bien que d’introduction récente au Niger, est en train de révolutionner les us et coutumes et s’ériger en pilier essentiel de l’agriculture et de l’économie nigérienne.

Affectionnant particulièrement un ensoleillement important et un climat chaud, modérément humide, la canne à sucre est cultivée au Niger, notamment dans les zones de bas-fonds comme les cuvettes oasiennes du manga, les Fadama et les Korama de la région de Maradi et de Zinder, les Dallols de la région de Dosso. C’est d’ailleurs cette dernière région qui cherche aujourd’hui à se positionner comme centre phare de la plus production de canne à sucre du pays.

Ainsi, à Kizamou, Massama, Léguéré, Angoal Doka, Dioundiou, Zabori, Koutoumbou, Kawara, Bengou, Kara Kara, Samia, Zaziatou, Zombo, Fadama, Magouri et bien d’autres contrées perdues au Nord de cette partie du Niger  a la forte pluviométrie,  cette plante à rhizomes, de le même famille que le blé, le maïs…, est en train de transformer complètement les paysages et de donner l’embaume au cœur des producteurs.

Selon les spécialistes, plusieurs raisons expliquent ce succès : l’élévation du niveau de l’eau (élément physique) et les profits engendrés par cette rente (élément financier) se conjuguent pour conduire au développement accéléré de la canne à sucre. Depuis une vingtaine d’années, celui-ci se fait essentiellement au détriment du riz et du mil, qui ne répondent plus aux contraintes physiques et aux exigences de rentabilité.

Mais, cette progression ne se fait pas sans difficultés. Les problèmes ont notamment trait aux intrants et la mécanisation. La canne à sucre, comme on le sait, est grosse consommatrice d’engrais, substance ayant la faculté de stimuler la croissance des plants, qui atteignent un diamètre supérieur à ceux qui n’ont pas reçu de fertilisants. Même si, de l’avis de ce producteur « la faveur des consommateurs va vers les plants cultivés sans engrais, qui sont plus sucrés malgré leur faible taille ».

Etant une culture relativement exigeante, la canne à sucre nécessite plus de main-d’œuvre que le mil et un arrosage manuel ou mécanique lorsque l’humidité n’est pas suffisante, ou même des travaux de drainage en cas d’inondations. Ici, la mécanisation n’est pas encore rentrée dans les mœurs. Pour couronner le tout, les zones de production sont nichées dans la partie la plus enclavée de la région, d’où des difficultés d’écoulement.  Nonobstant ces contraintes, la rentabilité est fort appréciable.

Nous sommes au cœur de la saison froide. La saison de la récolte bat son plein. « Dans un champ en bordure de la route, une armée de coupeurs nagent progressivement dans le champ. Avec une précision quasi militaire, ils enserrent d’un bras un bouquet de tiges qu’ils inclinent fermement pour en dégager la base commune. Les machettes sifflent dans l’air et s’abattent au ras du sol. Les ouvriers lancent les tiges coupées sur le côté, en rangées ordonnées, puis répètent la manœuvre » a indiqué Monsieur Abdou, marchand de la canne à sucre.

« La culture de la canne est une opération qui exige beaucoup de travail. Il faut sectionner les tiges mûres en morceaux d’une longueur de l’avant-bras et planter ces boutures dans des sillons espacés d’environ un mètre… », ajouta un des planteurs convoyeurs de camion transportant la canne à sucre.

A l’entendre, il faut attendre six à huit mois pour que les cannes arrivent à maturité et pouvoir les récolter. Beaucoup de paysans ne sont pas conscients de la valeur de leurs récoltes et les bradent très souvent à l’avance à des intermédiaires ou des grossistes de Niamey qui, par l’odeur alléchée, écument la région. Malgré tout l’activité est florissante et permet de nourrir la chaîne d’acteurs agrippés le long de la filière d’une source d'économie circulaire, traversant plusieurs secteurs d'activités, et représentant des milliers d’emplois directs et indirects. (Voir article Marché de la canne à sucre).

De plus, avec la canne à sucre, les activités sont souvent complémentaires car elle fournit des produits et sous-produits utiles aux autres productions végétales ou animales. La paille sert non seulement de litière et d'aliments pour le bétail mais également comme protection des sols, les écumes les cendres de bagasse entrent dans la composition d’amendements ou de compost, la mélasse est utilisée comme complément alimentaire pour le bétail, les champs de canne recyclent et valorisent de grandes quantités d’effluents d’élevage produits localement.

Enfin, selon les résultats d’une étude parue dans la revue Nature Climate Change, la canne à sucre aurait tendance à lutter contre le réchauffement climatique. Ainsi, la canne à sucre serait même triplement verte, primo en servant de biocarburant pour les automobiles, secundo, en refroidissant la température autour des champs et tertio, en fixant la terre et en luttant contre les érosions !

Bref, la canne à sucre fourmille ainsi de multiples ressources insoupçonnées. Malgré l’absence de véritables industries sucrières ou de transformation de produits dérivés, la filière a de beaux jours devant elle au Niger.

Le principal enjeu reste l’épineuse question foncière. Dans un pays aux trois quarts désertiques, où l’agriculture n’est possible que sur une mince couche de terres utiles au sud du pays, et où la démographie est galopante, défricher de larges superficies restent une gageure. Or, la canne à sucre nécessite toutefois des espaces de culture conséquents, sur des terres aujourd’hui âprement disputées par les hommes ou leurs animaux. Mais, une chose est sûre : la canne à sucre reste un trésor vert qui est loin d’avoir livré tous ses secrets !

Alhadji Amadou Abdou

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