dimanche 28 novembre 2021

Togo : Zoom sur les commerçants et vendeurs nigériens au Grand marché de Lomé

Au Grand marché de Lomé, les togolais ne détiennent pas le monopole des activités commerciales. Les nigériens y sont aussi pour les plus visibles et actifs. Notre rédaction est allée à leur rencontre.

La chaleur est intense, le soleil bat encore son trop plein ce samedi-là quand nous apercevons aux alentours de la « pharmacie du Grand marché », un jeune vendeur ambulant de ceintures  prénommé Mohamed. Mine serré,  sueur au front, marchandises à la main, le jeune nigérien, la vingtaine,  essaie de convaincre ses potentiels clients. Déscolarisé dès son plus jeune âge, il est venu fraichement du Niger pour « se chercher » au Togo.

A l’instar de Mohamed, ils sont nombreux des commerçants et vendeurs nigériens résidant généralement au Togo, à prendre d’assaut chaque jour le grand marché de Lomé, l’un des plus grands centres commerciales de la sous-région. Communément appelé « marché d‘Adawlato »,  le grand marché de Lomé est en effet connu  dans la sous-région pour ses « nana benz »,  ces vaillantes femmes d’affaire qui ont marqué le Togo par leurs histoires extraordinaires de succès. Mêlant couleurs, saveurs et senteurs, le marché d’Adawlato s’anime bruyamment  tous les jours sauf dimanche. Véritable lieu de rendez-vous entre vendeurs et acheteurs, on y découvre toutes sortes de produits. Les activités s'étendent même hors de ses murs,  et jusque dans les rues voisines. Comme souligné plus haut, les commerces sont non seulement détenus par les togolais mais aussi les étrangers dont les nigériens.

Que ce soit dans le domaine de la vente en gros ou en détails, ces derniers s’illustrent activement. On peut tout trouver chez eux : habits, bijoux, friperies, sacs à main, valises, ceintures, tissus, alimentation générale,  appareils électro-ménagers etc. Si certains sont détenteurs de boutiques, d’autres sont des vendeurs ambulants. Ces derniers semblent d’ailleurs être les plus nombreux.

Communément appelé « médida » ou « zamanama », ces commerçants nigériens font valablement partie des acteurs qui font tourner le Grand marché de Lomé.

Rencontré dans sa boutique, Ibrahim qui vend au grand marché de Lomé depuis plus de 20 ans, nous parle de son commerce : « Je suis commerçant au grand marché de Lomé depuis 1994. Je vends des tricots, des T-shirt et pantalons. Je vais en Chine au moins une fois tous les deux mois pour acheter les marchandises. Je vends en gros et en détails. Ici, vous allez trouver tous les habits en vogue. Quand ils sont entrain de démoder, nous les liquidons à bas prix pour ne pas tomber en faillite. Sinon, j’arrive quand même à m’en sortir », a affirmé Ibrahim.

A quelques mètres de chez Ibrahim, figure le magazin de Issa. Une grande échoppe de vente de tissus. Peu bavard, Issa non plus ne se plaint pas trop. «  Globalement ça marche même si parfois, on perd», a-t-il affirmé.

La mévente, comme principal difficulté ces derniers temps

Si autrefois, les activités commerciales allaient relativement bien, ces derniers temps, elles  tournent au ralenti. A l’origine, l’augmentation sans cesse des frais douaniers, les rackets et le faible pouvoir d’achat des togolais, selon les témoignages recueillis ici et là.

« Avant, des béninois, ghanéens et nigérians venaient  nombreux se ravitailler ici. Maintenant avec les augmentations des frais au niveau de la douane et la corruption de certains agents, ils ne viennent que rarement. Or la population togolaise ne consomme pas assez, faute de moyens », déplore Hamadou, un commerçant.

Un avis partagé par son compatriote Fousseni, vendeur ambulant de friperies: « les gens n’achètent pas. Quand, un client s’approche de toi, tu es obligé de le prier pendant des minutes avant qu’il n’achète un seul habit. J’avoue qu’il n’y a plus de marché.», a-t-il regretté, avant  d’ajouter que «  autrefois quand je prends 30 000 F CFA j’achète une centaine d’habits que je revend autour de 80 000 F CFA, après deux ou trois jours. Maintenant,  c’est avec 100 000 F CFA que j’achète le même stock d’habits mais je fais une semaine sans les vendre ».

Par ailleurs, d’autres commerçants  pointent du doigt les incendies criminels qui avaient en 2012 détruit le grand marché de Lomé.  En effet dans la nuit du 11 au 12  janvier 2012, le bâtiment principal du grand marché de Lomé a pris feu, 48 heures après celui du marché de Kara située au Nord du pays. Ces incendies qualifiés de « criminel » par le gouvernement  avaient non seulement détruit toute l’économie togolaise mais aussi ruiné profondément les commerçants des deux marchés affectés. « Depuis les incendies jusqu’à ce jour,  notre situation s’est vraiment empirée. Il y a beaucoup de nos compatriotes dont les magasins ont été brulés. Certains sont même retournés au pays, après cet incident », a témoigné Fousseni.

La cohabitation parfois difficile avec les togolais

Certains vendeurs ambulants nigériens déplorent le manque d’hostilité de certains commerçants togolais. « Si nous nous arrêtons parfois  devant les boutiques ou étalages des togolais pour servir un client, ils nous chassent systématiquement. Mais quand il s’agit des boutiques des sénégalais, maliens ou nigérians, ces derniers loin de nous renvoyer, nous aident à mieux servir le client », a relevé Zarma.

Un comportement tout de même déplorable. Les togolais sont donc interpellés à être plus courtois avec ces vendeurs et commerçants étrangers qui participent activement à l’essor de l’économie togolaise. En outre, les autorités doivent également jouer leur  partition pour d’une part réduire  les taxes douanières et d’autre part éviter la corruption au niveau des frontières en vue de faciliter les activités commerciales dans le pays.

Hélène Doubidji

Afrique Perspectives, Lomé-Togo

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